Les bailleurs qui financent les marchés publics au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire
Derrière chaque appel d’offres, il y a un financeur. Parfois c’est l’État qui paie sur budget national. Mais très souvent – surtout pour les grands projets d’infrastructure, d’agriculture ou de santé – l’argent vient d’un bailleur international : Banque mondiale, BAD, BOAD, FIDA, AFD… Ces bailleurs ne financent pas de la même façon, n’interviennent pas dans les mêmes secteurs, et n’imposent pas les mêmes règles de passation. Les connaître, c’est mieux comprendre pourquoi certains appels d’offres ont des formulaires différents, des délais plus longs, et des procédures qui s’écartent du Code national.
La Banque mondiale – le bailleur incontournable
La Banque mondiale est présente dans les trois pays avec un portefeuille de projets actifs dans les secteurs de la santé, l’éducation, l’agriculture, l’eau, les transports et la gouvernance. Elle finance des projets sur plusieurs années, et chaque projet génère une série d’appels d’offres tout au long de son exécution.
Comment ça fonctionne – Chaque projet financé par la Banque mondiale dispose d’un Plan de Passation des Marchés (PPM), publié sur la plateforme STEP (Systematic Tracking of Exchanges in Procurement). Ce plan liste l’ensemble des contrats prévus, leur montant estimatif et leur calendrier. Consulter STEP régulièrement est la meilleure façon d’anticiper les opportunités avant même la publication des avis officiels.
Les règles qui s’appliquent – Les projets Banque mondiale suivent les Procurement Regulations for IPF Borrowers – la 7e édition a été publiée en septembre 2025. Ces règles s’appliquent en parallèle ou à la place du Code national selon les accords de prêt. Les grands contrats imposent une procédure à deux enveloppes : l’enveloppe technique est évaluée en premier, l’enveloppe financière n’est ouverte que pour les candidats techniquement recevables.
Les secteurs couverts au Sénégal et en Côte d’Ivoire – En 2025-2026, les projets actifs couvrent notamment la santé et la nutrition, le développement de la petite enfance, les transports et les infrastructures rurales.
Nota bene sur le Mali – Depuis les tensions politiques de 2022-2023, certains bailleurs occidentaux ont suspendu ou réduit leurs activités au Mali. La situation est à vérifier directement sur les portails officiels avant de cibler des projets.
La BAD – la banque du continent
La Banque Africaine de Développement est l’institution financière de référence pour le développement africain. Elle intervient principalement dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, le secteur privé et la gouvernance.
Comment ça fonctionne – Chaque projet BAD génère un Avis Général de Passation des Marchés (AGPM), publié sur son portail et sur dgMarket. Les avis spécifiques – appels d’offres, demandes de propositions, AMI – sont ensuite publiés au fur et à mesure de l’exécution du projet. La BAD publie également ses appels d’offres propres (pour ses propres besoins institutionnels) sur son site.
Les règles qui s’appliquent – La BAD a ses propres règles de passation pour les biens et travaux d’une part, et pour les consultants d’autre part. Elles sont alignées sur les standards internationaux mais diffèrent du Code national. La méthode de sélection basée sur la qualité et le coût (SBQC) avec une pondération technique de 70 à 80 % est standard pour les prestations intellectuelles.
Ce qu’elle finance dans les trois pays – Infrastructures routières, énergie, eau potable, agriculture et agro-industrie. La BAD a des portefeuilles actifs en Côte d’Ivoire et au Sénégal, avec des projets structurants régulièrement lancés.
La BOAD – le bailleur régional UEMOA
La Banque Ouest Africaine de Développement est la banque de développement de l’espace UEMOA. Elle finance exclusivement les huit États membres – dont le Mali, le Sénégal et la Côte d’Ivoire – et constitue une source majeure de projets dans la région.
Sur la période 2021-2025, la BOAD a atteint un niveau historique de 3 765 milliards de FCFA de financements, avec une croissance annuelle moyenne de 11 %. Avec son plan « Djoliba – la suite », elle vise 10 milliards d’euros de financements d’ici 2030.
Ce qu’elle finance – Routes, électrification, agriculture et sécurité alimentaire, industrie, logement. En 2025, elle a notamment approuvé des financements pour des infrastructures routières en Côte d’Ivoire, la campagne cotonnière au Mali, et des projets de résilience climatique. En moins de deux ans, elle a mobilisé 100 milliards de FCFA pour l’agriculture et la sécurité alimentaire dans l’espace UEMOA.
Comment trouver les marchés BOAD – Les appels d’offres liés aux projets BOAD sont publiés sur le portail boad.org et sur des plateformes spécialisées. Ils suivent généralement les procédures nationales des pays bénéficiaires, ce qui les rend plus accessibles aux entreprises locales que les marchés Banque mondiale ou BAD.
Le FIDA – le spécialiste du développement rural
Le Fonds International de Développement Agricole finance des projets agricoles et ruraux, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Il est très actif au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
Au Sénégal, le FIDA a récemment renouvelé son partenariat avec une enveloppe dédiée à l’appui aux populations rurales face à la pauvreté et au changement climatique. En Côte d’Ivoire, il a octroyé un prêt de plus de 10 milliards de FCFA dans le cadre du Projet d’Urgence Agricole. Ces projets génèrent des appels d’offres pour des fournitures agricoles, des services de conseil, des travaux d’irrigation et des formations.
L’AFD – le bailleur français
L’Agence Française de Développement est très active en Côte d’Ivoire et au Sénégal avec un portefeuille de près de 3 milliards d’euros et environ 80 projets actifs en Côte d’Ivoire couvrant l’agriculture, la santé, l’éducation, les transports, l’eau et l’assainissement. Les marchés liés aux projets AFD sont publiés sur dgMarket et suivent les procédures de la banque bénéficiaire ou les règles AFD selon les montages.
Note importante – L’AFD a suspendu toutes ses activités au Mali depuis novembre 2022 en raison du contexte politique. Les opportunités liées à ce bailleur concernent uniquement le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
Ce que ça change concrètement pour vous
Soumissionner sur un marché financé par un bailleur, ce n’est pas la même chose que répondre à un appel d’offres sur budget national. Voici les points à retenir.
Les procédures peuvent être plus longues. Les délais de soumission sont souvent plus généreux – 21 à 30 jours minimum -, mais les processus d’évaluation et d’approbation peuvent s’étaler sur plusieurs mois.
Les formulaires sont différents. Chaque bailleur a ses propres modèles : acte d’engagement, formulaire de soumission, présentation des qualifications. Lisez le DAO en entier et utilisez systématiquement les formulaires fournis, jamais les vôtres.
La langue et les normes peuvent varier. Certains appels d’offres financés par des bailleurs sont en anglais ou en bilingue français-anglais, notamment ceux de la BAD.
Les règles d’éligibilité sont propres à chaque bailleur. Vérifiez si votre pays est dans la liste des pays éligibles – en général oui pour les trois pays, mais certains bailleurs ont des restrictions géographiques.
Retrouvez les appels d’offres financés par les bailleurs au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire sur AfricaTenders et activez vos alertes pour ne rien manquer dans votre secteur.