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Les marchés de prestations intellectuelles : AMI, shortlist, proposition technique

📅 Publié le 14/07/2026

Les marchés de prestations intellectuelles sont souvent les moins bien compris – et pourtant parmi les plus accessibles pour les bureaux d’études, cabinets de conseil, auditeurs, formateurs et experts indépendants. Ils ne fonctionnent pas comme les marchés de travaux ou de fournitures. La procédure est différente, les critères sont différents, et les erreurs fréquentes ne sont pas les mêmes. Voici comment naviguer dans ce système, du premier avis jusqu’à la sélection finale.

C’est quoi, exactement, un marché de prestations intellectuelles ?

Un marché de prestations intellectuelles couvre toute mission dont la valeur principale repose sur l’expertise et le jugement professionnel plutôt que sur des biens ou des travaux physiques. En pratique, cela inclut les études de faisabilité, les audits, les missions de conseil et d’assistance technique, les formations, les évaluations de projets, la maîtrise d’œuvre, les prestations juridiques ou financières. On les désigne aussi sous le terme de marchés de services de consultants.

Ce qui les distingue fondamentalement des autres marchés : le prix n’est pas le critère principal. Ce qui prime, c’est la qualité technique – la compréhension du besoin, la méthodologie proposée, l’expérience de l’équipe. Un cabinet moins cher mais moins qualifié sera écarté. Ce renversement de logique change tout dans la manière de préparer sa candidature.

Étape 1 – L’AMI : se faire connaître avant la compétition

La procédure pour les marchés de prestations intellectuelles commence presque toujours par un Avis à Manifestation d’Intérêt (AMI). C’est une invitation ouverte : l’autorité contractante signale qu’elle a un besoin, et demande aux entreprises et consultants intéressés de se manifester.

L’AMI n’est pas encore un appel d’offres. C’est une présélection. Son objectif est de constituer une liste restreinte – la shortlist – d’un nombre limité de candidats (généralement 3 à 6) qui seront ensuite invités à soumettre une proposition technique et financière complète.

Le dossier de manifestation d’intérêt est volontairement court – rarement plus de 20 à 30 pages. Il comprend généralement une lettre de candidature, une présentation de la structure, des références de missions similaires réalisées (avec les clients, les montants et les dates), et les CV des experts clés mobilisables. C’est sur cette base que l’autorité contractante sélectionne les candidats les plus qualifiés pour passer à l’étape suivante.

Ce qui fait la différence à ce stade : la pertinence des références présentées. Il ne s’agit pas de lister toutes vos missions passées, mais de sélectionner celles qui ressemblent le plus au besoin décrit dans l’AMI. Un bureau d’études qui répond à un AMI sur l’évaluation de projets agricoles avec des références en audit d’infrastructure n’a aucune chance d’être shortlisté.

Étape 2 – Les termes de référence et la demande de propositions

Une fois la shortlist constituée, les candidats retenus reçoivent la Demande de Propositions (DP) – l’équivalent du DAO pour les marchés de services. Elle contient les Termes de Référence (TDR), le document central de la procédure.

Les TDR décrivent précisément la mission : contexte, objectifs, livrables attendus, calendrier, profil des experts requis. C’est à partir de là que vous construisez votre proposition technique. Les lire en entier – et en profondeur – est la condition minimale pour avoir une chance. Un consultant qui répond de façon générique, sans s’appuyer sur les TDR, est éliminé dès la lecture.

Étape 3 – La proposition technique : ce que les jurys évaluent vraiment

La proposition technique est évaluée selon des critères pondérés précisés dans la DP. Elle représente en général entre 70 % et 90 % de la note finale selon la méthode de sélection retenue. Les critères typiques sont les suivants :

La compréhension de la mission – Avez-vous bien saisi le contexte, les enjeux et les difficultés spécifiques ? Cette section ne doit pas être un résumé des TDR, mais votre lecture critique du problème posé.

La méthodologie – C’est souvent le cœur de l’évaluation. Elle doit être cohérente avec les TDR, réaliste dans ses délais, et démontrer que vous avez une approche concrète – pas une liste de bonnes intentions. Les jurys repèrent immédiatement les propositions copiées-collées d’un autre dossier.

Le plan de travail et le chronogramme – Les livrables, les étapes et les délais doivent être clairs, séquencés et compatibles avec le calendrier de la mission.

Les qualifications de l’équipe – Les CV des experts sont évalués individuellement sur leur formation, leur expérience générale et leur expérience spécifique sur des missions comparables. Un expert surqualifié dans un domaine différent ne compense pas l’absence d’expérience pertinente.

Les méthodes de sélection : SBQC, SQC, BQ

Selon les pays et les bailleurs, plusieurs méthodes coexistent – et elles n’accordent pas le même poids au prix.

La Sélection Basée sur la Qualité et le Coût (SBQC) est la plus courante. La note finale combine la note technique (70 à 80 %) et la note financière (20 à 30 %). C’est la méthode standard dans les codes des marchés publics au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, ainsi que dans les procédures de la BAD.

La Sélection fondée sur la Qualité seule (SQ) ne retient que la note technique pour classer les candidats. La négociation s’engage ensuite avec le mieux classé sur le plan technique. Elle est réservée aux missions très complexes ou hautement spécialisées où le prix est secondaire.

La Sélection au moindre coût s’applique à des missions standardisées où la qualité technique est facile à définir et à vérifier. Elle reste rare pour les prestations intellectuelles.

Pour les marchés financés par la Banque mondiale, la méthode appliquée est précisée dans le Plan de Passation des Marchés du projet – vérifiez-le avant de soumettre, car les règles peuvent différer du Code national.

La proposition financière : ne pas se tirer une balle dans le pied

Dans les systèmes à deux enveloppes, la proposition financière n’est ouverte qu’après l’évaluation technique. Les candidats qui n’atteignent pas le seuil minimal de note technique (souvent 70/100 ou 75/100) sont éliminés sans que leur offre financière soit examinée.

Le budget doit être cohérent avec la méthodologie proposée. Un budget trop bas par rapport au volume de travail décrit dans votre offre technique éveille des soupçons sur la réalité de votre engagement. Un budget trop élevé vous pénalise sur la note financière. L’idéal est de dimensionner précisément les jours-experts, les frais de mission et les coûts annexes en accord avec ce que vous avez promis dans la proposition technique.

Les spécificités selon les financeurs

Marchés sur budget national (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire) – Ils suivent le Code des marchés publics du pays concerné. La procédure AMI – shortlist – DP est la norme pour les montants au-dessus des seuils réglementaires.

Marchés sur financement BAD – La Banque Africaine de Développement impose ses propres règles de passation, avec des formulaires spécifiques et une notation standardisée. Ses procédures s’appliquent en parallèle ou à la place des règles nationales selon les accords de prêt.

Marchés sur financement Banque mondiale – La 7e édition des Procurement Regulations for IPF Borrowers (septembre 2025) est le texte de référence. La procédure à deux enveloppes y est obligatoire pour les grands contrats, et l’enveloppe financière n’est ouverte que pour les candidats techniquement qualifiés.

Ce qu’il faut retenir

Les marchés de prestations intellectuelles se gagnent en amont – avec des références bien choisies à l’étape AMI, une lecture précise des TDR, et une méthodologie sur mesure. Le prix ne sauve pas une offre technique faible. Mais une offre technique solide, raisonnablement tarifée, a toutes ses chances – même face à des concurrents plus grands.

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